abdou-tanger

La thermodynamique est la science qui étudie et décrit le comportement de la matière ou des systèmes, en fonction des notions de température T,
d'énergie (chaleur Q, travail W...) et d'entropie S. La thermodynamique :
L'objet de la thermodynamique est d'étudier le
fonctionnement et le bilan d'énergie des machines thermiques et aussi les échanges ou transferts de chaleur dans un système ou entre deux systèmes.
ex1 : dans les machines thermo-dynamiques (TD), il y production de travail par conversion de chaleur en travail (les moteurs thermiques, les centrales thermiques ou nucléaires...)
ex2 : dans les machines dynamo-thermiques (DT) par contre, il y a transfert de chaleur d'une source froide à une source chaude grâce à un apport de travail (les machines frigo. et pompes à chaleur, les liquéfacteurs...)
On distingue entre quatre principaux mécanismes de transfert de chaleur : la conduction, la convection, le rayonnement et les changements d'état de la matière. Les applications de ces transferts de chaleur concernent les domaines :
On peut décrire la thermodynamique de 2 manières ou aspects
différents :
Selon que l'on considère l'un ou l'autre de ces aspects, on distingue alors entre la Thermodynamique Classique ou la Thermodynamique Statistique.
La Thermodynamique Classique n'a besoin d'aucune hypothèse sur la structure atomique de la matière, elle explique le comportement de la matière ou des systèmes en fonction de leurs variations d'énergie et d'entropie :
La Thermodynamique Statistique par contre, cherche à expliquer l'origine et la signification des variables macroscopiques (p,T) et des notions de chaleur, de travail et d'entropie, en les reliant directement au mécanisme de l'agitation moléculaire. Ainsi, on explique les notions de température, de pression et de chaleur :
Notion de température : la
température est reliée au degré d'agitation moléculaire de la matière.
Si la vitesse vi des molécules et donc leur énergie cinétique Ei augmentent, alors le degré d'agitation thermique du milieu est plus grand. A la température de 0 K (zéro absolu à -273°C) les atomes ou molécules sont figés.
|
|
- les molécules se déplacent dans l'enceinte de façon totalement aléatoire avec des vitesses vi |
On définit la température T par la relation :
1/2 mv2 = 3/2 kT
1.1)
Cette relation définit l'échelle de température absolue T en degré K.
Notion de pression : la pression est
due aux nombreux chocs des atomes ou molécules sur les parois du récipient.
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|
- dans l'enceinte il y a N molécules en agitation permanente soit, n' = N/V le nombre de molécules par unité de volume. |
On définit la pression par la relation :
p = 1/3 n'mv2
1.2)
Echanges d'énergie
Les échanges d'énergie sous forme de chaleur (Q) ou de travail (W) sont alors interprétés à l'échelle microscopique comme une manifestation de l'agitation moléculaire sous forme désordonnée (Q)ou ordonnée (W), voir Fig. 1.3 et 1.4.
|
T2 > T1 |
|
Unités :
- Système MKS (ou SI )
- Système des Thermiciens (ou ST )
Autres Unités
* on distingue entre pressions absolue et relative ou pressions totale et partielle d'un fluide
Dans les pays anglo-saxons on utilise des unités différentes : ainsi, l'énergie est exprimée en BTU et la température en degré Fahrenheit [F], avec :
1) Quelle est la différence entre les notions de température et de chaleur, expliquer
2) Exprimer la température de 40 °C en degrés Fahrenheit et Kelvin
3) Exprimer la kcal/h en Watt et inversement
4) A partir de la relation de définition de la température :
5) On définit l'enthalpie H d'un système par H = U + pV, où U est l'énergie interne exprimée en joule.
6) Dans un cylindre de V = 1 m3, muni d'un piston mobile, se trouve 2 kg d'air à la température de 20°C
Le volume reste fixé à V = 1 m3, mais par influence extérieure la température monte à 100°C
7) Un manomètre métallique à spirale indique une pression de 5,8 bar. La pression atmosphérique mesurée par un baromètre est de 752 mmHg ou torr. Quelle est la pression absolue en bar.
Rép. Pabs = 6,802 bar
Pour décrire thermodynamiquement un système, il faut à la fois :
Le système est défini comme une partie de matière (de masse donnée) délimitée par rapport au milieu extérieur (Fig. 2.1). Le milieu extérieur est le reste de l'espace entourant le système.
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milieu extérieur |
Fig. 2.1 : Délimitation du système
Le système peut être ouvert ou fermé, adiabatique c.à.d isolé thermiquement (Q = 0) ou rigide c.à.d indéformable (W = 0)
|
Système |
Echange Matière |
Echange Energie |
|
isolé |
non |
non |
|
fermé |
non |
oui |
|
ouvert |
oui |
oui |
Tableau 2.1 : Echange de masse et d'énergie entre le système et le milieu extérieur
Dans un sytème fermé, il n'y a pas de transfert de masse et dans un sytème isolé, il n'y a pas d'échange de travail ni de chaleur.
Fig. 2.2 : Différents types de systèmes
Exemples de Systèmes Thermodynamiques
L'état du système est défini ou décrit par ses variables macroscopiques (m, p, V, T, n...) dites aussi variables d'état. A un sytème donné est associé tout un ensemble d'états possibles.
On dit qu'un système est à l'état d'équilibre thermodynamique, si ces variables d'état ont des valeurs bien définies et constantes. On distingue alors selon le cas entre :
Ces grandeurs sont reliées entre elles par des relations, exemple :
m = rV ou qm = rqv (pour les débits masiques et volumiques)
avec qm = rwS où w est la vitesse de l'écoulement du fluide
et pour un écoulement stationnaire : r1w1S1 = r2w2S2 (équation de continuité)
Sous l'influence d'échanges ou transferts d'énergie entre le système et le milieu extérieur, le système évolue et les variables d'état du sytème sont modifiés. On dit que le système se transforme ou change d'état, en passant d'un état d'équilibre (1) à un autre état d'équilibre (2).
Fig. 2.3 : Transformation du système par échange d'énergie (apport de chaleur Q)
Au cours d'une transformation les variables d'état du système varient, pour atteindre un autre état d'équilibre. Le passage de l'état d'équilibre (1) à l'état d'équilibre (2) se déroule généralement hors équilibre.
On distingue alors entre (voir Fig. 2.4) :
La réversibilité d'une transformation exige que le système passe par une infinité d'états intermédiaires différents peu d'états d'équilibre (états quasi-statiques). Les transformations naturelles spontanées sont irréversibles : elles ne peuvent évoluées que dans un seul sens (ex. la détente d'un gaz des HP vers BP, l'écoulement de la chaleur des HT vers BT... ).
Fig. 2.4 : Transformations a) réversibles et b) irréversibles
Les variables d'état ne sont pas toutes indépendantes, mais liées entre elles par des équations, qui sont dites équations d'état du type : f(p,V,T) = 0.
ex. : l'équation d'état des gaz parfaits : pV = nRT
* ici, il n'y a que deux variables indépendantes d'où, p = f(V,T) ou V = f(p,T) ou T = f(p,V)
Représentation graphique des évolutions du
système
Les variations d'état du système à la suite d'une transformation sont représentées dans divers diagrammes, permettant ainsi de suivre l'évolution du système. On utilise ainsi, les diagrammes suivants : les diagrammes de Clapeyron (p,V)ou d'Amagat (pV, p), les diagramme entropique (T,S) et de Mollier (p,H), le diagramme (H,S).
Fig. 2.5 : Les diagrammes de Clapeyron (p,V) et d'Amagat du gaz parfait
Fig. 2.6 : Les diagrammes entropique (T,S) et enthalpique (p,H) des gaz réels
* On distingue entre différentes transformations qui sont facilement représentées dans ces diagrammes précédents (par des droites verticales ou horizontales), à savoir :
Les Fonctions d'Etat
Souvent, on peut réaliser des transformations entre l'état 1 et l'état 2 de plusieurs façons différentes, c.à.d en empruntant des chemins différents. En général, la variation D X d'une grandeur X dépend du chemin suivi pour aller de l'état 1 à l'état 2.
Mais, il existe en Thermodynamique des fonctions F liées aux variables d'état dont les variations D F au cours d'une transformation sont indépendantes du chemin suivi. Ces grandeurs ou fonctions sont dites fonctions d'état, elles sont caractérisées par :
alors, D F12 = F2 - F1 ceci qq.soit le chemin suivi
ex. : l'énergie interne U, l'enthalpie H et l'entropie S sont des fonctions d'état * mais, le travail W et la chaleur Q ne sont pas des fonctions d'état
Conclusion
En plus du premier et du deuxième principe, la thermodynamique postule encore deux autres principes, à savoir :
" Deux corps en équilibre thermique avec un troisième corps sont en équilibre thermique entre eux "
Corollaire : " Deux corps ou objets en équilibre thermique ont même température "
Ce corollaire permet de définir un thermomètre de référence avec g = at + b, où les constantes a et b sont fixées à partir de points fixes (p.ex mélange eau + glace à 0 °C et eau bouillante à 100 °C).
Mesure de la température
Les principaux thermomètres utilisés sont :
- en effet, d'après le deuxième principe l'entropie S n'est déterminée qu'à une constante près
- cette indétermination est levée par le troisième principe
Le premier principe
Le but de la thermodynamique est d'étudier les propriétés des systèmes et leurs évolutions en fonction des échanges d'énergie avec le milieu extérieur. Un système peut échanger de la masse et de l'énergie avec le milieu extérieur, alors son état change par gain ou perte de masse ou d'énergie. On dit que le système subit une transformation qui entraîne une variation des variables d'état.
Chaque système a un certain contenu en énergie sous diverses formes, telles :
Dans la pratique, les énergies nucléaire et chimique n'interviennent pas, car la masse du système ne varie pas dans les transformations courantes.
L'énergie interne d'un système ou d'un corps est le contenu en énergie de ce système. Chaque système (solide, liquide ou gazeux) est une collection d'objets tels des atomes, molécules...Ces particules sont toujours animées de mouvements incessants et aléatoires (agitation moléculaire) : vibrations dans les solides ou agitation thermique dans les liquides ou gaz.
A ces mouvements microscopiques des molécules est associée de l'énergie cinétique Ec . De plus, entre ces atomes ou molécules peuvent exister des forces d'interaction (attraction et répulsion) auxquelles on associe une énergie potentielle Ep .
A l'échelle microscopique, l'énergie interne U du système est définie comme la somme des énergies cinétiques Eci et potentielles Epi de toutes les particules formant le système.
ex1 : le gaz parfait est caractérisé par l'absence d'interactions entre les molécules (Ep = 0)
|
alors U = S i 1/2 mvi2 = N.1/2 mv2 soit, U = 3/2 NkT 3.1) où N est le nombre de molécules dans l'enceinte |
ex2 : le gaz réel est caractérisé lui par l'existence d'interactions entre les molécules (alors Ep # 0)
d'où, U = S i Eci + S Epi_
3.2)
Propriétés de l'énergie interne
U
A l'équilibre thermique, l'énergie interne U :
L'énergie interne U caractérise le contenu ou niveau énergétique du système thermodynamique. L'énergie interne U d'un système peut varier par suite d'échanges d'énergie avec le milieu extérieur. Les énergies sont principalement échangées sous forme de chaleur (Q) et de travail (W).
La chaleur est une forme spéciale de l'énergie :
Fig. 3.1 : Transfert de chaleur Q par l'agitation moléculaire (en enlevant la cloison adiabatique)
On distingue entre deux types de chaleur :
a) La chaleur sensible
d'où, pour une transformation
infinitésimale :
dQ = mcdT
3.3)
où, c désigne la chaleur massique du matériau ou fluide exprimée en [Jkg-1K-1]
Transformation finie
La chaleur Q échangée lors d'une transformation finie entre l'état 1 et l'état 2 s'obtient en intégrant la relation 3.3 valable pour une transformation infinitésimale. On distingue alors plusieurs cas selon la valeur de c :
Q = ò mcdT
la chaleur massique reste constante (c =
cte)
alors, Q12 = ò 12 mcdT = mcò 12dT = mc(T2 - T1)
soit, Q12 = mcD T = mc (T2 - T1) = mc(t2 - t1)
3.4)
la chaleur massique varie, valeur moyenne
c =
c varie dans l'intervalle [T1,T2], on prend alors une valeur moyenne pour c =
Q = m
(T2
-T1)
3.5)
où, la valeur moyenne,
3.6)
car, Q12 = Q02 - Q01
=> la valeur moyenne est calculée à partir de Tables donnant
la chaleur massique est une fonction de
T : c = f(T) = a0 + aT + bT2
d'où,
On distingue généralement entre chaleurs massiques à pression constante ou volume constant, notée cp ou cv :
b) La chaleur latente
La chaleur latente est la chaleur nécessaire à 1 kg de matière pour changer d'état à température constante, elle est définie par :
Q = mL
3.7)
où, L est la chaleur massique associée à un changement d'état, cette chaleur est soit libérée (V-> L) ou absorbée (L-> V).On distingue entre chaleurs latentes de fusion, de vaporisation, de sublimation etc...
*Remarque : Les changements d'état sont mis à profit dans les Machines Thermiques car ils libèrent d'importantes quantités de chaleur : ceci permet de réduire sensiblement la taille des échangeurs et des compresseurs (économie de matière et d'énergie).
c) Loi des mélanges
Par contact ou mélange de deux corps à des températures différentes, il y a transfert de chaleur : à l'équilibre thermique les deux corps ont alors même température et T = Tm (température finale du mélange).
La température du mélange Tm s'obtient à partir du bilan d'énergie des deux systèmes ou corps.
Qam + Qbm = Qpoù, Qp sont les pertes de chaleur du système non adiabate.
Si le système est adiabate (Qp
= 0), alors on a :
maca(Tm-Ta) + mbcb(Tm-Tb) = 0
Le travail est une autre forme de l'énergie (énergie mécanique) :
On distingue entre travail volumétrique, travail technique et travail fe frottement.
Travail volumétrique
Wv
Le travail résulte le plus souvent d'une variation de volume du système déformable (non rigide) : ex. le déplacement d'un piston. On parle alors de travail volumétrique définit par :
![]() Fig. 3.2 : Transfert de travail |
p = F/S dWv = Fdx = pS dx = pdV en [Nm] ou [J] |
d'où, le travail élémentaire : dWv = - pdV
3.8)
*Remarque :
* Calcul du travail volumétrique Wv pour une transformation finie
Pour calculer le travail total entre l'état 1 et l'état 2, il faut intégrer la relation 3.8), d'où :
3.9)
On distingue alors plusieurs cas :
a) transformation isobare (p = cte)
alors, W12 = -pò 12 dV = -p[V2 - V1]
3.10)
b) transformation isotherme (T = cte)
alors, W12 = - ò 12 pdV or pV = nRT
d'où, W12 = - ò 12 nRT dV/V = -nRT ò 12 dV/V
W12 = nRTlnV1/V2 = nRTlnP2/p1
3.10a)
c) transformation isochore (V = cte)
alors, dV = 0 et le travail est nul, W12 = 0
Travail technique
Wt
Le travail technique Wt intervient dans les systèmes ouverts (Machines à piston, Turbines, fluides en écoulement...), il est défini par la relation suivante :
- transformation élémentaire : dWt = Vdp
3.11)
- transformation finie : Wt = ò 12 Vdp
* Calcul du travail technique Wt : il s'effectue par intégration de la relation 3.11 selon les mêmes règles que pour le travail volumétrique :
Travail de frottement
Wf
Le travail de frottement Wf est une énergie mécanique dissipée par suite de frottement mécanique ou d'autres processus. Alors, le travail global d'un système fermé est donné par :
Wg = Wv+ Wf
![[ ]](http://www-ipst.u-strasbg.fr/cours/thermodynamique/p13.gif)
Compression
Convention de signe des énergies
échangées (chaleur, travail...)
Le premier principe dit aussi principe de conservation de l'énergie, stipule que :
L'énergie d'un système isolé reste constante, U = cte.
L'énergie d'un système non isolé peut varier par suite d'échanges d'énergie (Q,W) avec le milieu extérieur, alors le système évolue d'un état 1 à un état 2 : on dit qu'il subit une transformation.
D'après le premier principe :
D U = U2 - U1 = W + Q
Fig. 3.3 : Variation de l'énergie interne du système
Enoncé du premier
principe
" La somme algébrique du travail W et de la chaleur Q échangés par le système avec le milieu extérieur est égale à la variation D U de son énergie interne ".
En d'autres termes, l'énergie interne est une fonction d'état, c.à.d. que sa variation ne dépend pas du chemin suivi par la transformation. En effet, considérons deux transformations entre l'état 1 et l'état 2 formant un cycle, selon le chemin suivi x ou y, on a :
![]() Fig. 3.4 : Variation de U au cours d'un cycle |
U2 - U1 = W12 + Q12 chemin x
U1 - U2 = W21 + Q21 chemin y soit, W12 + Q12 = W21 + Q21 = cte |
On a ainsi démontré que la somme W + Q égale à D U ne dépend pas du chemin suivi et donc la fonction U est une fonction d'état (alors que W et Q pris individuellement ne sont pas des fonctions d'état).
Expression mathématique du premier
principe
L'expression mathématique du premier principe est donc :
3.12)
3.13)
c.à.d pour un système avec écoulement de fluide, il faut alors ajouter en plus la variation d'énergie cinétique EC du fluide, d'où :
|
D U + D EC = W + Q | 3.14) |
Les équations 3.12 à 3.14 sont d'une importance capitale en thermodynamique, car ils permettent de :
L'enthalpie est définie par la relation :
H = U + pV
3.15)
On a vu que pour une transformation infinitésimale que : dU = dW + dQ
D'après le dictionnaire, la Science est la connaissance relative à des phénomènes obéissant à des lois et vérifiés par des méthodes expérimentales.
Cette définition définit les bases de ce qu'est la Science. Nous allons ici regarder de plus près ces trois composantes de la science : l'observation, l'expérimentation et les lois.
Tout travail scientifique commence par des observations. L'observation la plus célèbre de l'Histoire de la Science est sans conteste celle de la chute d'une pomme faite par Newton, qui lui donna l'idée de sa théorie de la gravitation universelle. Même si cette histoire n'est peut-être qu'une légende, elle illustre admirablement la démarche scientifique : on observe un phénomène, parfois surprenant, mais bien souvent banal, et on se pose la question : pourquoi ?
L'observation se doit d'être la plus objective et la plus précise possible. Elle ne doit pas se laisser influencer par une possible explication, qui risquerait de la biaiser.
L'observation doit de plus en plus souvent s'aider d'instruments. Ces instruments sont parfois indispensables pour effectuer cette observation : l'observation de l'espace nécessite des télescopes de plus en plus puissants, alors que l'observation de l'infiniment petit utilise des microscopes.
Même en cas de phénomènes directement observables, des instruments permettent de rendre cette observation plus précise ; ainsi, une caméra permettra de mieux comprendre des phénomènes rapides, tel par exemple le galop d'un cheval.
L'expérimentation est une catégorie particulière d'observation, dans laquelle d'une part le phénomène à observer est généralement provoqué, et d'autre part les conditions d'observations ont été optimisées en fonction de ce que l'on veut observer, notamment pour éliminer les phénomènes parasites.
L'expérimentation permet de s'affranchir des aléas de l'observation, certains phénomènes naturels pouvant être difficilement prévisibles, empêchant alors la mise en place des dispositifs d'observations au bon moment et au bon endroit.
Lorsque les phénomènes observés font apparaître des relations invariables entre certaines grandeurs mesurées, on peut commencer à soupçonner l'existence d'une loi liant ces grandeurs entre elles.
Un exemple simple est la relation entre la hauteur depuis laquelle un objet tombe et le temps mis par cet objet pour tomber. Après avoir éliminé le mieux possible les effets parasites des frottements de l'air, par exemple en utilisant des objets massifs, on trouve que la hauteur est proportionnelle au carré de la durée de la chute, et que le coefficient de proportionnalité est indépendant du type d'objet utilisé.
Cependant, une fois ces lois trouvées, il faut aller plus loin. Le but de la Science est de trouver des lois les plus fondamentales possibles. En effet, les lois issues de l'observation sont généralement la conséquence de phénomènes plus fondamentaux qu'il s'agit d'identifier.
La loi fondamentale la plus célèbre est encore une fois due à Newton, il s'agit de la gravitation universelle. Avant cette loi, on connaissait certains phénomènes de manière dispersée : la chute des corps sur Terre, la trajectoire elliptique des planètes autour du Soleil, les marées. La gravitation universelle a permis d'attribuer une seule et même cause à ces différents phénomènes.
On parle fréquemment de vérification expérimentale d'une loi. En fait, une loi ne peut jamais être vérifiée, elle ne peut être qu'invalidée. Cette manière de raisonner peut paraître surprenante ; elle est cependant tellement importante qu'elle permet de définir le caractère scientifique d'une théorie.
Pourquoi ne peut-on jamais vérifier une loi ? La raison en est simple : un seul contre-exemple suffit à invalider définitivement une loi, quels qu'aient été ses succès antérieurs. Cette réfutabilité est la contrepartie de la rigueur scientifique. Prenons un exemple :
De nombreuses observations ont amené à la loi suivante : "tous les cygnes sont blancs". Lors de nombreux voyages, cette loi a reçu des confirmations éclatantes par la découverte de nouveaux cygnes, tous blancs. Or, un jour naît un cygne noir : ce seul contre-exemple suffit à invalider cette loi.
Que devient une loi, une fois réfutée ? Elle peut continuer à être utilisée comme approximation, ou une nouvelle loi plus exacte peut la remplacer. L'exemple le plus parlant est la réfutation de la gravitation universelle par une observation astronomique non explicable. Une nouvelle théorie a remplacé la gravitation universelle, c'est la relativité générale. Cependant, la gravitation universelle reste généralement utilisée, car elle constitue une approximation suffisante dans la plupart des cas et aussi parce que la relativité générale est beaucoup plus complexe à utiliser.
La réfutabilité définit même le caractère scientifique d'une théorie, selon le philosophe Karl Popper : il doit être possible d'imaginer des contre-exemples qui, s'ils étaient observés, invalideraient la théorie. La théorie de la gravitation universelle était une théorie scientifique : une infime variation dans l'orbite d'une planète non explicable par cette théorie a suffi à la réfuter.
A l'inverse, la théorie de la création de l'univers par un dieu tout puissant ne peut pas être réfutée : quels que soient les contre-exemples produits, on peut toujours rétorquer que c'est Dieu qui a volontairement créé lui-même ces contre-exemples pour mettre la sagesse des hommes à l'épreuve. Ce n'est donc pas une théorie scientifique.
Cette question est plus délicate qu'il n'y paraît. En effet, la partie observation et expérimentation est totalement absente des mathématiques, ces dernières étant totalement abstraites. D'un autre côté, il est difficile d'imaginer ce que pourrait être la Science sans les mathématiques ; en effet, une bonne partie des lois scientifiques utilise des formulations mathématiques.
On peut donc considérer les mathématiques plutôt comme un outil extrêmement puissant et sophistiqué que comme une Science à part entière. D'ailleurs, les mathématiques ne satisfont pas aux critères de réfutabilité ; il est évident qu'étant abstraites, aucune observation ou expérience ne peut les atteindre. Les théorèmes mathématiques ne sont considérés comme valides qu'une fois rigoureusement démontrés, et rien alors ne peut plus les remettre en question.
Le point le plus délicat se situe à l'interface entre la Science et les mathématiques ; l'efficacité de l'outil est totalement dépendante de l'adéquation de la modélisation des phénomènes. L'extrême souplesse des mathématiques permet cependant de forger de nouveaux outils mathématiques si ceux existants ne sont pas adaptés à la modélisation des phénomènes ou au traitement des données issues de l'observation. Newton, encore lui, inventa le calcul infinitésimal pour pouvoir calculer les mouvements dus à l'attraction universelle.
Contrairement à ce qui a été dit plus haut, dans un souci de clarté, la Science ne s'interroge pas sur le pourquoi, mais sur le comment. On a souvent tendance à employer un mot pour l'autre, et cette inversion rend parfois un discours plus compréhensible. Lorsqu'il observe un phénomène, le scientifique ne se demande pas pourquoi ce phénomène a lieu, mais comment il s'explique. Et pourtant, il semble bien plus naturel de demander pourquoi le soleil brille, plutôt que de demander comment il brille.
Le pourquoi interroge sur les causes, mais aussi sur les raisons d'un phénomène, et contient implicitement une notion de déterminisme (pour-quoi) à laquelle la Science n'a pas vocation de répondre. Toute réponse scientifique à un pourquoi risque alors d'être insatisfaisante et générer un nouveau pourquoi.
Pourquoi la Terre tourne-t-elle autour du Soleil ? à cause de la gravitation universelle. Mais pourquoi les corps s'attirent-ils ? Au final, la série des pourquoi finit toujours par buter sur une des limites de la Science, tout l'édifice scientifique reposant sur des observations non encore expliquées. Tout juste peut-on espérer faire reculer petit à petit la frontière de l'inexpliqué, l'explication ultime n'existant a priori pas.
La Science se trouve partout où il y a observation, expérimentation et élaboration de lois à partir de ces observations. Bien qu'on associe souvent la Science à des équations, comme dans le cas de la physique, la Science peut également être plus descriptive, comme par exemple dans le cas de la paléontologie, fondée sur l'étude des fossiles.
Bien qu'étant rigoureuse méthodologiquement, la Science n'interdit pas des hypothèses hasardeuses, qui peuvent s'avérer fécondes, mais aussi le plus souvent conduisent à une réfutation, ou bien même s'avèrent irréfutables et sortent alors du cadre scientifique (ce qui ne signifie pas qu'elles soient inexactes pour autant).
La notion de science officielle est issue d'une part de scientifiques frustrés par la réfutation de leur découverte et qui refusent le verdict, et d'autre part de la mouvance paranormale popularisée par la série culte "X-files". Dans les deux cas, le discours tenu prétend que les scientifiques "officiels" refusent de prendre en compte la "vérité", que ce soit la mémoire de l'eau côté scientifique frustré ou les phénomènes paranormaux.
Tout n'est bien sûr pas angélique dans le monde de la Science, surtout lorsque des considérations qui n'ont rien de scientifiques en perturbent le respect des principes de base. On a vu une science officielle nazie rejeter la science juive, ou une science officielle soviétique rejeter la science bourgeoise. Les résultats ont été à la hauteur : dans le premier cas, les scientifiques juifs (dont Einstein) ont émigré, dans le second cas, l'agriculture soviétique a beaucoup souffert (affaire Lyssenko).
Mais qu'il soit bien clair que la plupart des scientifiques ne demanderaient pas mieux que de constater un véritable phénomène paranormal, et de pouvoir l'étudier. Malheureusement, la plupart de ces phénomènes disparaissent spontanément à l'approche des scientifiques et de leurs méthodes, particulièrement lorsque ceux-ci se font assister d'un prestidigitateur, mieux à même qu'un scientifique de détecter toute supercherie.
La Science, de par son aspect rigoureux, apparaît rébarbative à beaucoup de personnes, qui lui opposent d'autres conceptions de la culture ou de la vie. En fait, ces oppositions ne sont souvent qu'apparentes, comme nous allons essayer de le voir maintenant.
L'aspect rigoureux de la Science semble interdire à tout jamais la moindre fantaisie au scientifique. Le rêve et l'imagination paraissent définitivement bannis du quotidien du scientifique, créature austère et rigoureuse pour qui les émotions ne sont finalement que quelques courants électriques dans le cerveau.
Une telle description relève bien heureusement de la caricature, les scientifiques étant le plus souvent des gens comme les autres, à des kilomètres des descriptions de savants fous de certains récits d'épouvante. Bien sûr, les scientifiques sont souvent passionnés par leur travail, au même titre qu'un artiste ou un écrivain par exemple.
Mais un scientifique est aussi un créateur, dépensant des trésors d'imagination pour faire avancer ses théories ou en proposer de nouvelles. Sans imagination, Einstein aurait-il pu concevoir la théorie de la Relativité ?
Et avant tout, un scientifique est également un homme comme un autre, capable de laisser son esprit critique au vestiaire pour rêver. Le célèbre auteur de science-fiction Isaac Asimov était également un brillant scientifique, ce qui ne l'a pas empêcher d'écrire des récits basés sur des hypothèses au mieux non vérifiées, et souvent carrément inexactes (comment concevoir un empire galactique sans la possibilité de dépasser la vitesse de la lumière, possibilité refusée catégoriquement par la théorie de la relativité). Le tout est de ne pas faire interférer les rêves et la méthodologie scientifique ; il faut, même si c'est parfois difficile, savoir dire "ce n'était qu'un rêve".
L'Art est par essence même totalement éloigné de la Science. Cependant, cette dernière n'est jamais loin. L'image d'Epinal de l'artiste est bien souvent aussi caricaturale que celle du scientifique. On a bien trop souvent tendance à oublier qu'un artiste est d'abord un technicien, qui doit maîtriser les techniques de son art avant de pouvoir les dépasser.
Il n'y a pas encore si longtemps, les artistes peintres fabriquaient eux-mêmes leurs pigments. Un sculpteur doit maîtriser les matériaux qu'il utilise, un musicien savoir jouer de son instrument.
Bien sûr, il s'agit là de technique plus que de Science. Cependant, ne peut-on pas considérer la connaissance de l'anatomie humaine, nécessaire dès que l'on désire peindre ou sculpter une être humain, comme une connaissance scientifique ? L'architecte qui désire que son monument ne s'effondre pas ne doit-il pas utiliser des connaissances scientifiques ? Et toutes les techniques employées, classiques ou d'avant-garde, ne sont-elles pas généralement issues de la Science ?
L'Art fait également appel à la Science dès qu'il s'agit de restaurer une oeuvre, ou simplement de l'analyser ou de la sauvegarder. La restauration de toiles abîmées ou rendues noires par l'opacification du vernis ou le décapage de monuments abîmés par la pollution font appel à des techniques très pointues, rendues possibles uniquement par les avancées scientifiques.
Un scientifique peut-il être croyant ? Nombreux sont ceux qui ont répondu oui à cette question. Une telle attitude n'est a priori pas gênante, lorsque la Religion reste dans le domaine de l'irréfutable, c'est-à-dire hors du domaine scientifique.
Galilée nous a montré que cela n'a pas toujours été le cas. Il faut bien constater l'ambivalence de la Religion vis-à-vis de la Science. Beaucoup de scientifiques étaient très liés à l'Eglise (Galilée était l'ami du Pape), et étaient amenés à contester certains dogmes religieux de par leurs observations, ce qui leur valait généralement de sérieux ennuis.
Aujourd'hui, l'Eglise catholique ne cherche plus à contester ouvertement la Science, même s'il reste certains pays (et non des moindres, par exemple les Etats-Unis) où des mouvements intégristes cherchent à faire enseigner le créationnisme (qui professe que le monde a été créé en 7 jours comme expliqué dans la Bible) comme une alternative au Darwinisme.
Cependant, la situation des religions n'est pas toujours très confortable face à la Science. Que faire lorsque des découvertes scientifiques invalident des chapitres entiers de la Bible (notamment bien entendu la Genèse) ?
Actuellement, la Religion reste en deçà de la frontière de la Science, se réservant plutôt l'éthique et la morale. Cependant, ces frontières reculent de plus en plus vite ; jusqu'où pourront-elles reculer sans mettre en péril l'Eglise et les autres religions ?
| Décembre 2008 | ||||||
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